mardi 31 octobre 2017

mardi 24 octobre 2017

Rapport d'activité 2017

Rapport d'activité de Digemer pour l'AG du 20 octobre 2017


Les migrants accueillis et accompagnés

1 – Les familles, venant surtout des Balkans  (17 familles, soit 55 personnes) :

  • Les demandeurs d'asile en cours de procédure, suivis par Coallia.
  • Les « dublinés » : conformément à la procédure Dublin, ils devraient repartir dans le pays européen où ils ont déposé en premier leurs empreintes digitales.
  • Ceux qui, après avoir essuyé un refus à l'OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) et la CNDA (Cour nationale du droit d'asile), ont déposé un recours pour un problème de santé.
  • Les déboutés du droit d'asile, qui restent de fait en France.

Ces familles  ont besoin d'un accompagnement au quotidien: nourriture, école pour les enfants, apprentissage du français, démarches administratives...

2 - Les MNA (Mineurs non accompagnés), africains surtout. Ils ont besoin d'être défendus auprès du procureur, du juge des enfants,  pour sauvegarder, autant que possible, leur statut de mineurs. Ils ont  besoin aussi d'être hébergés pendant la durée de la  procédure, d'être renseignés (carte de bus, nourriture...), d'apprendre le français. 12 sont logés par Digemer en 2 appartements. 2 autres sont hébergés en famille à Guilers.


Les logements

1 – Ceux que nous avons mis à la disposition de l'Etat et qui sont gérés par Coallia :
  • A Brest : La Cavale (5, place Jack  London) ; 2 appartements à Kerjean  
  • A Tréglonou : maison à Kérilien
  • A Bourg-Blanc : presbytère

2 – Ceux qui sont gérés directement par Digemer (pour certains nous payons un loyer ; pour d'autres seulement les charges) :
  • A Brest : 192, rue A. France ; 2, rue de Ségur ; rue de Messidou ; 6, rue Cl. Perrault 
  • A Guipavas : 21, rue de Rody ; 40, rue de Rody
  • A Plouvien : Lannaneyen
  • A Plouider : 5, rue de la Chapelle
  • Au Folgoët : 10, rue de Brest


Hébergement citoyen

En avril, deux personnes se sont proposées pour accueillir chez elles des familles pendant quelques semaines. Cette formule s'est développée pendant l'été. Actuellement nous avons une liste d'une vingtaine de personnes qui ont reçu à tour de rôle des familles ou sont disposées à le faire.

Solami (Solidarite Logement pour l'Accueil des Migrants)
Digemer, avec le soutien de l'AGEHB et de la Fondation Abbé Pierre, a pris l'initiative de la création de l'association SOLAMI, destinée à poursuivre et renforcer ce qui a été fait depuis un an grâce à la dotation financière accordée par Mme P. Adam au Réseau pour l'accueil des migrants (location de deux appartements moyennant avance des loyers par Digemer).
Ce dispositif apportera une solution d'hébergement (5-6 logements BMH) et un accompagnement aux migrants qui sont en procédure de recours, et de ce fait se trouvent placés dans une «zone grise» de non-droit: pas de place en CADA, pas de réponse au 115, pas d'APL...

Une association spécifique a été constituée pour porter ce dispositif; plus de 20 associations de solidarité et soutien aux migrants en sont membres, et contribueront à l'accompagnement de ces migrants selon leur spécialité. Digemer est représentée au C.A. (M.P. Forget, J. Le Velly, R. Morin) et au bureau (R. Morin, président et J. Le Velly).

Des financements substantiels sont déjà obtenus: Ville / 30 000 €; Département/ 8 000 €; CAF / 2 000 €; Fondation Abbé Pierre: en cours de discussion. Une partie de la dotation attribuée par Mme Adam est encore disponible. Au vu de ces éléments, le dernier CA a décidé de démarrer l'activité: démarches en cours pour la location d'appartements à BMH; convention avec l'AGEHB pour la mise à disposition d'un professionnel à temps partiel. 


Communication : nous avons pu faire connaître Digemer en différentes circonstances :

  • A la fête « Quai des solidarités » à l'Aber Wrac'h le 17/12/16
  • A le « Journée festive sans frontière » à la Médiathèque de St Marc le 4/2/17
  • Lors de la présentation du livre de Rozenn Le Berre « De rêves et de papiers » à la Petite Librairie le 23/2/17
  • Au Forum Logement à la Mairie de Brest le 4/4/17
  • Au Speed dating du bénévolat solidaire aux Capucins le 23/9/17

Financement : quelques initiatives ont été prises pour financer notre action :

  • Le Tac au Tac organisé par Benoît Quinquis : des dessins à 4 mains réalisés par des dessinateurs ont été vendus aux enchères au profit de Digemer à la Faculté Victor Ségalen le 16/12/16
  • La fête « Ensemble Solidaires » à Guilers le 10/2/17, qui a rapporté 3 000 €.
  • Le concert au Relecq-Kerhuon le 14 mai, qui a rapporté 430 €
  • Le « Cent pour Un » : un nombre significatif de personnes (100 pour un toit) s'engagent à verser chaque mois une somme (5 €, 10 €, 20 €, ou plus). Cette cagnotte sert à payer le loyer, les charges du logement, ainsi que les aides d'urgence pour la famille hébergée. Deux « Cent pour Un » ont démarré à Plouguerneau et à Rosnoën. Le dispositif fonctionne de façon pragmatique à St Urbain et à Plabennec.

En guise de conclusion

Aux rencontres d'accompagnateurs et au CA, nous avons souvent débattu des problèmes que nous rencontrions : conséquences psychologiques de l'exil ; réticences de certains migrants à apprendre le français ; difficultés pour accueillir des cultures différentes de la nôtre...

Mais nous avons évoqué aussi de belles réussites :

  • l'intégration d'une jeune femme et de son bébé accuiellis à Landerneau, puis à Kerhuon
  • les familles syriennes accueillies au Conquet, dont l'intégration est en bonne voie
  • le Collectif de Guilers qui a géré le séjour des MNA en différentes familles à tour de rôle
  • le partage des responsabilités à Accueil Solidarité St Urbain et dans le Collectif de Plabennec-Plouvien pour accompagner les familles

Nous ne savons pas bien quel sera l'avenir de ces migrants. Nous n'avons pas trouvé la solution idéale pour les les héberger et les accompagner. Il nous faut accepter d'avancer dans l'incertitude en nous appuyant sur ce que nous inventons chaque jour.

Rapport d'orientation 2017-2018.

Ces temps-ci avec l’accélération des arrivées nous avons parfois l’impression d’être dépassés, de perdre notre temps. Le rapport d’activité de Jean Miossec montre que nous n’avons perdu notre temps, au contraire nous avançons, nous mettons en place de nouvelles démarches pour tenir et même aller plus loin.

Nous nous étions fixés l’objectif de 20 hébergements.  Jean a fait les comptes, nous gérons,  directement ou indirectement, 14 logements et si nous ajoutons les familles qui accueillent chez elles nous atteignons la vingtaine. Si nous ajoutons les mineurs isolés « déboutés »,  les  personnes que nous n’hébergeons pas et pour lesquelles nous sommes sollicités par les personnels des CDAS, des CADA et du CCAS pour l’accompagnement social ou la prise en charge des frais de transports ou de dossier, cela représente au total près de 100 personnes que nous avons soutenues d’une manière ou d’une autre.

Autre point essentiel qu’a souligné Jean : nous n’avons pas fait tout cela tout seuls mais en travaillant ensemble avec les antennes de Guilers et Plabennec, les autres associations : le Collectif Humanité de Plouguerneau, le Collectif du Fond de la Rade, Solidarité Côte des Légendes, Accueil Solidarité Saint Urbain, Solidarité Iroise, le Réseau du Pays de Brest pour l’accueil des Migrants, l’ABAAFE, l’AGEHB et les associations réunies dans SOLAMI. Sans oublier nos vigies : La Halte et Entraide et Amitié, les CDAS, le CCAS, les avocats, la Mairie de Brest, le Conseil Départemental, les anciens députés, et tout particulièrement Patricia Adam et Jean-Luc Bleunven.

C’est tout un réseau qui s’est mis en place, des liens d’amitié qui se sont créés et nous avons beaucoup de plaisir à partager et avancer ensemble.

Commençons donc par remercier très sincèrement tous les bénévoles de Digemer et des associations, les professionnels des institutions, toutes les personnes qui accueillent chez elles, celles qui mettent des logements à notre disposition, celles qui apportent des dons, pour ces résultats qui nous appartiennent à tous.

Quelques résolutions pour continuer à avancer

  1. Rechercher encore des bénévoles pour l’accompagnement des familles, l’accompagnement des mineurs isolés, l’entretien et le bricolage
  2. Continuer notre partenariat avec la DDCS pour les 5 appartements conventionnés
  3. Continuer à rechercher des logements
  • Gratuits : nous les gèrerons nous-mêmes et assumerons les charges
  • Avec un loyer : pour l’instant prise en charge par SOLAMI, la DDCS, autres associations ou financements spécifiques
  1. SOLAMI aura ses propres sources de financement essentiellement institutionnelles (mairie, conseil départemental, etc.). Elle accueillera les mineurs isolés et des familles en cours de procédure et momentanément sans prise en charge. Digemer prendra toute sa place dans le fonctionnement et les instances de Solami.

  1. SOLAMI accueillant les familles et mineurs en attente du résultat d’un recours, nous proposons que Digemer héberge et accompagne dans les logements qu’elle gère directement, dans la limite de nos finances et de nos forces, en priorité des familles, des mineurs et éventuellement des jeunes majeurs, qui ont épuisé les recours envisageables, se retrouvent sans ressources, ne sont pas en situation de repartir vers d’autres horizons et doivent attendre pour déposer un nouveau dossier de demande d’asile. Une commission d’admission choisira au cas par cas les personnes qui seront accueillies suivant des critères à préciser. Un contrat d’accueil précisera la durée de l’hébergement, les droits et les devoirs de chacun.
  2. Développer et structurer le réseau « Hébergement Citoyen », accompagner les familles accueillantes, en partenariat avec Utopia 56 et les autres associations : pour des isolés ou des familles en attente d’autres solutions ou provisoirement dans la région (stages de formation…)
  • hébergements temporaires  dans des familles organisées en groupes d’hospitalité
  • ou sur du long terme dans une même famille
  1. Pour les familles qui doivent sortir de nos dispositifs parce que la durée d’hébergement fixée au départ est atteinte et se retrouvent sans solution d’hébergement et que les bénévoles et/ou les propriétaires veulent continuer à soutenir nous proposons de créer à chaque fois un « 100 pour un toit » fléchés sur la famille ou l’hébergement : 100 personnes s’engagent à verser 5 euros par mois, ou plus, pour subvenir aux besoins d’une famille.
2 opérations sont déjà en cours, une à Plouguerneau et une autre en « fond de rade » (Rosnoën, Le Faou…) et elles équilibrent déjà pratiquement leur budget.
Dans l’immédiat nous proposons d’en créer 2 autres :
  • Un sur Saint Marc-Guipavas-Le Relecq pour 2 familles qui sont logées au Rody
  • Un sur Saint Pierre pour une famille
Nous pourrions également envisager un « 100 pour un » pour la prise en charge de l’accueil dans les familles par les réseaux de Guilers –Guipavas – Plouguerneau et les frais des mineurs.

      8 – Rechercher de nouveaux moyens financiers

Compte-rendu de la rencontre des accompagnateurs de migrants du Pays de Brest du 13 octobre 2017.

Une quarantaine de personnes ont participé à cette rencontre. Elles se sont réparties en 4 ateliers pour partager ce qu'elles avaient vécu avec les migrants ces derniers mois, leurs questions, leurs suggestions.

1 – Hébergement citoyen

Des personnes accueillent chez elles actuellement pour 15 jours, quelques semaines, des jeunes (mineurs ou majeurs non accompagnés), des couples, des familles avec enfants.

Que souhaitent-elles ?
  • Que cet hébergement soit cadré au niveau de la durée.
    . 7-8 familles se sont organisées sur Plouguerneau, St Pabu, Plounéour-Trez pour accueillir un jeune à tour de rôle tous les 15 jours. Il en est de même sur Guilers.
    . Une liste de personnes susceptibles d'accueillir un jeune, un couple ou une famille sera mise à la disposition des accueillants.
  • Qu'une une feuille de remboursement des frais par Digemer soit mise à la disposition de tous.
  • Qu'une charte comme celle de Plouguerneau ou une convention comme celle d'Utopia 56 facilitent le lien avec les migrants accueillis.
    Que la communication soit facilitée avec les migrants : une liste d'interprètes sera établie.
  • Qu'elles connaissent :
    . les lieux où les migrants peuvent trouver de quoi se nourrir
  • . les lieux où ils peuvent améliorer leur apprentissage du français
    . les lieux où ils peuvent bricoler, faire du bénévolat
    . les personnes ressources : pour l'aide juridique (avocats...) ; pour le travail possible des migrants

2 – Accompagnateurs et accueillants des jeunes, mineurs ou majeurs

Roger Morin a rappelé la situation des jeunes migrants sur Brest : les mineurs pris en charge, les majeurs...en attente.. en zone grise.

Voici les besoins :
          Des accompagnateurs pour les jeunes en appartement
          Des bénévoles pour encadrer les ateliers mis en place par le Réseau Jeunes (Yveline Pallier)
          Des familles pour héberger une centaine de jeunes qui vont se retrouver en  zone grise .

3 – Accompagnateurs des familles

En faisant un rapide tour de table, nous avons noté que :
  • 4 familles étaient suivies par "Solidarité Côtes des Légendes", dont un jeune couple "dublinable"sur le point de partir à Quimper
  • A St Urbain, une famille du Daghestan, en France depuis plus d'un an, est actuellement en procédure pour soins. Un jeune couple est accompagné également par l'équipe, la jeune femme vient d'accoucher. Etant débouté, ce couple est volontaire pour repartir en Albanie.
  • Au "Pays des Abers", à Plouvien, une famille d'Afrique du Sud est accompagnée par l'équipe et soutenue par la Mairie.
  • Au presbytère de Bourg-Blanc, l'équipe est mobilisée pour accompagner 4 Soudanais.
  • A Plougonvelin, il reste une famille au camping.
  • A Brest, 3 bénévoles présents accompagnent des familles déboutées, avec toutes des enfants scolarisés. Ces familles sont en procédure pour soins.
  • Une bénévole accueille aussi chez elle une maman et son enfant.

Parmi les difficultés rencontrées par tous ces accompagnateurs, on a signalé :
  • Il faut du temps pour comprendre le système et tous les sigles tels que HUDA,CADA, PRADA, etc...Il est important d'accompagner physiquement les familles à COALLIA et à la Préfecture quand elles ont un rendez-vous. On comprend mieux le parcours des réfugiés, qui sont tous différents.
  • Pendant la période de la procédure, les personnes touchent l'ADA environ un mois après leur prise en charge dans un logement.
  • Il faut scolariser les enfants, trouver des activités et donner une liste de lieux pour trouver de l'alimentaire.
  • Dans la vie courante, il faut aussi expliquer nos "codes": éteindre les lumières, ne pas chauffer en ayant la fenêtre ouverte, etc.
  • L'intégration passe en priorité par l'apprentissage de la langue française.
  • Difficulté aussi de comprendre comment passer de l'AME à la CMU et, quand il n'y a plus ni l'une ni l'autre, aller aux "consultations précarité" à l'hôpital.
  • On a parlé aussi des CESU ( des chèques emploi service) quand il y a des possibilités de travail.

4 – Le « Ce4 - "Cent pour Un »

L’objectif du dispositif «  Cent pour un toit »  est de regrouper 100 donateurs qui versent chaque mois 5 euros, ce qui permet de payer un loyer et éventuellement les charges . Bien sûr on peut verser une somme plus importante.

Deux « Cent pour Un » fonctionnent actuellement :
    - le « Collectif Humanité » à Plouguerneau
    - le Groupe d’accueil du Fond de la Rade à Rosnoën
Ils financent chacun un logement à Brest.
D'autres « Cent pour Un » envisagent de se constituer.

Quelques exigences sont rappelées pour le bon fonctionnement de ce dispositif :
  • Définir le territoire d’intervention pour ne pas empiéter sur les groupes voisins
  • Nécessité de constituer un groupe ( avec statut associatif ou non), avec un responsable désigné pour la gestion des comptes
  • Les reçus fiscaux sont établis localement et signés par le trésorier de Digemer
  • Pour la couverture « assurance habitation », il suffit que le responsable local signale au président les logements à assurer en précisant la surface et le nombre d’occupants.

    Une question reste à résoudre : définir les dépenses prises en charge par Digemer Principal et celles à la charge des « Cent pour Un ».

    Concernant les ressources de Digemer, le trésorier précise qu'elles proviennent principalement de la réserve parlementaire de Patricia Adam. Dorénavant nous ne pourrons plus compter que sur les dons de groupes ou de particuliers, le produit de manifestations diverses : chorales, spectacles,forums
N. B. L'Assemblée Générale de Digemer aura lieu demain, vendredi 20 octobre à 17 h 30, à la Mairie de l'Europe à Brest.

Compte-rendu par Marie La Prairie, Annie Le Moigne, René Badou, Marie Paule Forget, Jean Miossec

mercredi 13 septembre 2017

La presse en parle.

A Douarnenez, le « Chemin de croix » de Souleymane Baldé

Arrivé en France en 2016, ce migrant originaire de Guinée a raconté son parcours à travers l’Afrique sur une fresque brodée qu’il est venu présenter au festival de cinéma de la ville bretonne.
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Souleymane Baldé au Festival de cinéma de Douarnenez, avec l’un des quatorze tableaux de sa fresque en tissu.

C’est une histoire de migrant entre l’Afrique subsaharienne et la France, comme il en existe des milliers d’autres. Une histoire de traversée du désert à pied, de séjours en prison, de coups de matraque, de truands nommés passeurs, de centres de rétention, de retours à la case départ et de canot pneumatique qui chavire en pleine mer. Une histoire comme tant d’autres, oui, mais que Souleymane Baldé a décidé de raconter par le biais d’un récit particulier : un ensemble de quatorze tableaux en tissu, brodés et peints de sa main.

Quand il vivait en Guinée, le jeune homme pratiquait le tricot et la broderie au sein d’un petit collectif appelé Africa Culture. En arrivant en France en 2016, il a mis en image son parcours migratoire à l’aide de vieux draps et d’un crochet en métal, le seul objet qu’il a pu conserver de son périple agité, long de deux ans.
Tableau n° 2 – La traversée de la frontière entre la Guinée et le Sénégal.
Hébergé dans un foyer de jeunes travailleurs à Lille, Souleymane Baldé est l’invité du Festival de cinéma de Douarnenez (Finistère), où il est venu participer à la création d’un court-métrage d’animation à partir de son parcours. Consacrée aux questions identitaires et aux minorités, la manifestation célèbre sa quarantième édition cette année autour d’un thème transversal, maintes fois abordé depuis sa création par la Maison des jeunes et de la culture (MJC) de la ville : la notion de frontière.
Souleymane Baldé connaît bien le sujet, lui qui n’a fait que les sauter, les frontières, d’un pays à l’autre : Guinée, SénégalMaliAlgérieMarocEspagne, France. C’est grâce à une plasticienne lilloise, Capucine Desoomer, rencontrée par le biais d’une association d’aide aux migrants, qu’il a pu confectionner sa série de patchworks, appelée Mon Chemin de croix, quand bien même il n’est pas catholique. « Mon intention était de sensibiliser les gens à la question migratoire, à travers un témoignage direct et artistique », explique-t-il.
Tableau n° 6 – A l’intérieur d’un « ghetto », camp où sont parqués les candidats à la migration. Le chef des passeurs, surnommé le « président », est doté d’une couronne.
Son odyssée commence en 2014 à Mamou, une ville située à 250 kilomètres de la capitale Conakry. Quand on lui demande ce qui l’a poussé à partir, Souleymane Baldé évoque « des raisons familiales », sans en dire davantage, ainsi que l’épidémie du virus Ebola en Afrique de l’ouest qui s’est déclenchée dans le sud-est de la Guinée en décembre 2013. Il remplit alors son sac de débardeurs et de bonnets qu’il a tricotés afin de les vendre sur la route pour subvenir à ses besoins.
Sa première étape est la station balnéaire de Saly Portudal, au Sénégal, où il reste cinq mois. La suivante sera Gao, au Mali, où son chemin va croiser celui des rebelles touaregs du Mouvement national pour la libération de l’Azawad. « C’est en arrivant aux portes du désert qu’on mesure combien est difficile un parcours migratoire », dit-il.
Tableau n° 7 – Affectés à des tâches de manœuvre pour payer les passeurs, les migrants sont représentés en pointillé, manière de rappeler qu’ils doivent rester invisibles.
Il faut une heure à Souleymane Baldé pour relater l’ensemble des événements qui ont jalonné son expédition. Sa traversée du désert à pied, « pendant quatre ou cinq jours », jusqu’à la frontière algérienne ; son intégration au sein d’un « ghetto », ces camps où les passeurs font attendre les migrants ; son embauche au sein d’entreprises de BTP et de maraîchage abusant d’une main-d’œuvre vulnérable ; son emprisonnement pendant un mois pour défaut de titre de séjour ; les coups de trique de la police marocaine ; son refoulement en Algérie ; son retour au Maroc. Ses trois tentatives, enfin, de traversées de la Méditerranée.
La première est un échec : « La boussole du bateau s’est cassée. Nous nous sommes perdus en mer et sommes restés quatre jours et quatre nuits sans boire ni manger. Il n’y avait plus de carburant, nous avons dû jeter le moteur pour continuer à flotter. La Croix rouge marocaine nous a récupérés. Nous avons ensuite été refoulés dans le désert. »
La deuxième tentative tournera au cauchemar : « Le Zodiac était percé mais les passeurs nous ont obligés à monter dedans. Le bateau a coulé. Il y avait 65 migrants à bord, originaires de tous les pays de l’Afrique subsaharienne, des enfants, des adultes, des personnes âgées… Seuls 15 ont survécu. Les sauveteurs m’ont trouvé à moitié évanoui, accroché à une partie du bateau qui flottait. »
Tableau n° 10 – La traversée de la Méditerranée sur une embarcation de fortune, livrée à tous les dangers.
Traumatisé, Souleymane Baldé attendra plusieurs mois avant d’effectuer une dernière tentative, jusqu’à l’enclave espagnole de Ceuta. Ce sera la bonne. Il intègre alors le centre de séjour temporaire pour étrangers (CETI) d’où il ressort avec un ordre d’expulsion, document qui n’est presque jamais exécuté. Pris en charge par une association madrilène, il rejoindra ensuite Lille de son propre chef, attiré par la tradition textile du Nord.
« On m’a dit qu’il y avait là-bas plein d’artistes travaillant le tissu. On ne m’avait pas dit, par contre, qu’il y faisait si froid. » Il restera six mois sous une tente du camp de migrants du parc des Olieux, jusqu’à son démantèlement en novembre 2016.
Tout cela est raconté sur sa tapisserie en quatorze estampes, brodée au fil de soie. L’artiste a fait assaut de symbolisme. Il a représenté son pays, la Guinée, sous l’aspect d’une femme enceinte afin de rappeler la fertilité de son sol. Le trait de contour des clandestins est en pointillé, façon de rappeler qu’ils doivent rester invisibles pour continuer à progresser. Le chef des passeurs d’un ghetto algérien a, lui, été gratifié d’une couronne : « Il se faisait appeler « président » et il avait un véritable gouvernement à sa botte. L’un de ses adjoints était le « ministre des transports », un autre le « ministre de la sécurité » ».
Tableau n° 14  – Une bouche cousue dont les fils ont été rompus.
Des matraques, des kalachnikovs, des routes sans fin et un bateau doté de jambes, comme dans la chanson enfantine, constellent également son œuvre. Jusqu’à l’image finale : une bouche cousue – rappelant l’initiative de migrants iraniens à Calais qui protestaient contre leur condition – mais dont les fils ont été rompus, signe d’une liberté d’expression retrouvée. Quelques mots, enfin, ont été écrits, les seuls de cette oeuvre située à la croisée de la bande dessinée et de l’art brut : « Je marche sans papier, je ne suis qu’un exilé, je ne vis que d’amour, je ne parle que de paix et je tiens à ma liberté. »
A Douarnenez, douze enfants ont participé à un atelier de la MJC consistant à adapter en film d’animation la fresque de Souleymane Baldé. Le jeune homme a enregistré son témoignage à l’oral et a fait numériser ses tableaux, avant de rejoindre Lille où l’attend une deuxième de bac pro en alternance dans le secteur du BTP. Pris en charge par les services sociaux du département, le candidat à un titre de séjour espère ensuite poursuivre des études d’architecture.
Son Chemin de croix en étoffe a été exposé à plusieurs reprises dans le Nord, en Ile-de-France et en Bretagne. Il s’est attaqué récemment à une version littéraire de son récit, dans l’espoir de trouver un éditeur.